La langue et la culture occitanes : qu’es aquò ?

Nous avons baptisé notre gîte « l’ostal occitan » (la maison occitane). Nous y sommes sensibles, c’est notre culture. Alors Kézako ? Ou plutôt Qu’es aquò ?

L’occitan est l’une des langues historiques de France, parlée dans 32 départements, ainsi qu’en Italie (Alpes du sud et Calabre) et en Espagne (Val d’Aran) où elle a un statut de langue officielle.

Cette langue se décline en cinq grands dialectes : gascon, languedocien, provençal, limousin et auvergnat. Les parlers rouergats font partie de l’ensemble languedocien.

L’occitan se trouve au carrefour des principales langues romanes s’étant détachées du latin au cours du premier siècle de notre ère : français, catalan, castillan, italien, portugais, roumain…

Aux XIIe et XIIIe siècles, la civilisation des trobadors (troubadours) rayonne, en langue d’oc, dans toute l’Europe. Elle inventa la rime un siècle avant Dante et sa Divine comédie.

Le Rouergue détient le plus ancien acte original en occitan avec la charte d’Adémar Ot (1103) et c’est encore ce département qui a conservé, grâce aux cartulaires des Templiers et des Hospitaliers, le plus grand nombre d’actes en occitan pour le XIIe siècle.

Au fil des siècles, des documents importants (chartes, règlements, comptes consulaires, contrats…) seront rédigés en occitan, ce qui rend la compréhension de cette langue plus que nécessaire aux chercheurs s’intéressant à ce territoire.

L’édit de Villers-Cotterêts (1539), dont l’objectif était de substituer le « langage maternel françoys » au latin dans les actes notariés, amena les notaires rouergats, peu francisés, à utiliser l’occitan en remplacement du latin pendant une ou deux générations et c’est encore dans cette langue que sont rédigés certains compois jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle.

Utilisée dans des actes et des documents de la vie publique ou privée pendant un millénaire, la langue d’oc sera la langue de l’oralité dans la vie quotidienne de la majorité des Aveyronnais jusqu’au milieu du XXe siècle.

La langue occitane n’a pas été enseignée à l’écrit puisqu’elle fut combattue, notamment par les fameux hussards noirs de la République et par le clergé.

En Aveyron, jusqu’aux années 1930, les enfants issus du milieu rural arrivaient à l’école parfaitement occitanophones mais souvent peu ou pas du tout francophones. Ils étaient alors punis quand ils parlaient leur langue maternelle, y compris en récréation. On leur suspendait alors un sabot autour du cou ou on leur confiait un objet en bois appelé sinhal (signal). Quand un enfant parlait occitan, le maître ou la maîtresse lui donnait le sinhal et celui qui le détenait en fin de journée était puni. Pour se débarrasser de cet objet, les écoliers devaient dénoncer l’un de leur camarade qui s’était exprimé dans la langue interdite.

Progressivement, sur trois ou quatre générations, le territoire perdit sa langue occitane aux imparfaits du subjonctif quotidiens.

Certaines familles ont fort heureusement conservé et transmis la langue des ancêtres et l’immense majorité des toponymes (Le Piboul, Le Fau, Rieupeyroux, Entraygues, Laguiole…) et des anthroponymes (Fabre, Costes, Delmas, Lafont, Courrège, Lacoste…) du département sont occitans.

La langue d’oc compte aujourd’hui encore un bon nombre de locuteurs et est enseignée, majoritairement grâce au milieu associatif, selon différentes modalités sur l’ensemble du département (initiation, bilinguisme dans certaines écoles publiques, immersion dans les calandretas, cours pour adultes).

L’accent des gens du Midi est une subsistance de cette langue : quand nous sommes passés au français, nous n’avons pas abandonné l’accent tonique propre à la langue d’oc et l’avons appliqué à la langue française.

Afin de vous donner à lire quelques lignes de la belle langue des trobadors devenue secrète, voici un court extrait d’un poème d’Yves Rouquette (1936-2015) :

« Quand aurai tot perdut,

Mon lassitge, ma lenga e lo gost de luchar,

Me virarai encara un còp cap a vosautres,

E me farai per vos escriveire public. »